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CITROUILLE PAPOTE

Enchantements et terreurs livresques

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De la création artistique chez Daisy Jones & the six, Haruki Murakami & J.R.R Tolkien

Mis à jour : mai 15

Le confinement a été long, très long. Heureusement que les livres sont là pour nous faire rêver, nous faire réfléchir et nous changer les idées !!

C’était le moment rêvé, sur nos heures libres, pour creuser un peu dans les méandres de nos PAL (*).

J’en ai déterré 3 livres bien différents :

- Daisy Jones and the six, la biographie fictive d’un groupe de rock dans les 70’s

- Le meurtre du commandeur (tome 1), l’histoire d’un peintre qui se voit confier un travail plutôt original

- J.R.R Tolkien, Une biographie, ou le récit de la vie de notre maître à tous – si vous ne le connaissez pas encore, je vous ferai un petit résumé séance tenante.

À l’issue de ces lectures, je me suis aperçue qu’elles avaient toutes trois un point commun, qui n’est pas pour me déplaire : elles avaient toutes pour noyau central le thème de la création artistique. Ce qui est assez incroyable étant donné que je n’ai même pas fait exprès de les lire l’un après l’autre. Mais bref.

Après avoir rêvassé à ces sujets un certain nombre de minutes (ne me demandez pas combien exactement, ça deviendrait embarrassant), il m’a semblé qu’on pouvait en résumer l’essentiel en ces quelques questions :

Que se passe-t-il dans la tête d’un artiste ?

Comment la création artistique naît et se développe ?

Qu’est- ce qui permet de créer ? Quels mécanismes sont utilisés lors de la création ?

Observons un peu comment ça se passe dans les trois oeuvres énumérées ci-dessus.

Daisy Jones and the six, par Taylor Jenkins Reid (le rock 70’s)





Si vous n’avez pas encore entendu parler de ce roman, Daisy Jones and the six est un récit incroyablement immersif, qui prend la forme d’une interview des membres d’un groupe des 70’s. J'ai adoré ce roman, de la première à la dernière page !! Et ce pour des tas de raisons...

Lorsqu’on fait la connaissance de Daisy, elle est encore adolescente. Elle est si talentueuse qu’en quelques conseils avisés, elle permet à un ami de faire un tube avec sa chanson « Tiny love » (elle l’aura poussé à modifier les paroles et est à l’origine du titre de la chanson).

Daisy est talentueuse, déterminée, sublime, flamboyante. Elle tient tête à des producteurs plusieurs mois avant de capituler (seulement à demi) et d’enregistrer son premier album solo.


En parallèle, un groupe de rock s’est formé, et ils ont choisi de s’ appeler The Six. Un nom plutôt évident pour un groupe de six personnes, mais aussi sulfureux, puisqu’à l’oreille, on est étrangement proche de « the sex ».

L’agent du groupe, qui n’est pas la moitié d’un idiot, leur suggère d’être accompagnés pour leur prochaine chanson par une chanteuse. C’est ainsi qu’ils vont faire la connaissance de Daisy Jones.

Le roman raconte l’ascension et la dissolution du groupe Daisy Jones & the six, liés le temps d’un album iconique et d’une tournée non moins mythique.

Seulement, vous vous en doutez, tout ne va pas être simple et glisser comme sur des roulettes. Le chanteur du groupe, Billy Dunne, est une tête brûlée qui, en dépit d’un mariage précoce suivi de la naissance de sa première fille, passe la première tournée du groupe à boire, à prendre des drogues, à coucher avec toutes les jolies filles qui croisent son chemin…


Rien de très rare dans le milieu du rock, mais il s’adonne à tous ses vices de façon encore plus prononcée que tous les autres membres du groupe ( qui ne sont pas en reste non plus).

Daisy, elle aussi, a la vilaine manie de gober des cachets (certainement de l’ecstasy) comme si c’était des pastilles à la menthe.

Et comme Billy et Daisy, ce sont les compositeurs des chansons, et aussi ceux qui sont le plus adorés par les fans, leur bataille personnelle – commune- va assez vite se dessiner : l’enjeu pour eux, c’est de donner naissance à des chansons réussies sans donner dans la facilité, sans sombrer trop profondément dans les drogues et la perte de soi.

Les négociations entre eux deux sont assez rudes : en pleine période de rédemption dans sa vie personnelle, Billy est constamment tenté d’écrire des niaiseries à la gloire de son épouse, depuis le succès phénoménal de sa chanson Honeycomb, évoquant un futur idyllique et imaginaire où il vivrait avec elle une vie de famille classique (autrement dit, en réalité, ennuyeuse à mourir… pas vraiment ce qui attend une rock star, en général).

Daisy, elle, désire ardemment mettre en musique ce qu’ils ont de plus authentique, de plus noir, de plus décadent au fond d’eux-mêmes. Elle est plus jeune, elle n’a pas d’attaches, et comme lors de ses débuts, elle veut créer la meilleure œuvre possible. Elle ne se contente pas d’essayer de plaire ou de créer une mélodie facile.


Ce qui ressort de leur recherche lors de leurs séances d’écriture et de composition, c’est que là où leur talent s’exprime de la façon la plus pure, c’est quand ils expriment leur vérité personnelle, sans filtre et sans fard.

Ce n’est évidemment pas le type de création qui « vient » le plus spontanément. En tant qu’artiste, on peut être tenté de créer sur des sujets qui nous plaisent habituellement, ou être influencés par les goûts les plus répandus, ou par les modes…

Il faut parvenir à creuser au plus profond de soi pour offrir ensuite une œuvre véritable, unique et émouvante. Ce n’est pas chose aisée, et Daisy explicite à plusieurs reprises la complexité et les paradoxes de la création artistique :

« DAISY : I said, « It’s like some of us are chasing after our nightmares the way other people chase dreams » (p. 164 ) ; en français : DAISY: J’ai dit, “C’est comme si certains d’entre nous couraient après leurs cauchemars comme d’autres courent après leurs rêves ».

Daisy Jones and the six a beau être une biographie fictive, ce roman nous fait ressentir énormément d’empathie pour les membres du groupe, et pas seulement pour Billy et Daisy (je pense au couple de Karen et Graham). En nous faisant suivre la naissance et la dissolution du groupe, il nous plonge au cœur du processus de création des chansons, dévoilant du même coup toutes les difficultés rencontrées sur le chemin. La route est véritablement semée d’embûches, entre la tentation pour les drogues, les émotions personnelles, les efforts à réunir pour créer des chansons émouvantes mais rock, les compromis à mener pour maintenant l’unité du groupe et faire des concerts à la hauteur de leur réputation…

Le meurtre du commandeur, Livre I : Une idée apparaît par Haruki Murakami (la peinture)





Avec ce roman, Haruki Murakami nous plonge dans le quotidien d’un peintre portraitiste dont la vie se trouve bouleversée lorsque sa compagne décide de le quitter. Puisque Yuzu souhaite divorcer, il quitte le domicile conjugal et part habiter dans la résidence d’un autre peintre, Tomohiko Amada.

Nous découvrons par bribes la vie du narrateur, depuis ses traumatismes d’enfance –il a notamment été très marqué par la mort de sa sœur, disparue à l’âge de douze ans- jusqu’à ses conquêtes sexuelles, en passant par la description par le menu détail de tout ce qu’il boit, et tout ce qu’il absorbe – rien d’exotique de ce côté-là, cela se résume à du thé et à des préparations très sommaires. Il choisit de mettre à profit cette retraite pour méditer sur la tournure qu’il veut donner à sa carrière : il pense n’être doué que d’un talent moyen pour représenter les visages de ses modèles, et cherche comment exprimer son art autrement.


C’est alors qu’il reçoit une demande surprenante d’un homme qui lui est à ce moment-là inconnu : il s’agit de monsieur Wataru Menshiki, un homme riche qui habite dans une maison luxueuse faisant face, au loin, à la maison dans laquelle notre narrateur réside actuellement. M. Menshiki souhaite que son portrait soit réalisé, mais de la façon dont l’artiste le souhaitera ; c’est-à-dire qu’il n’y a nul besoin que la technique employée soit réaliste ou purement figurative. Il précise même que parfois, certains tableaux permettent à leurs peintres de jouer un rôle d’œuvre-charnière, qui fonctionnent comme un pivot, un virage dans les travaux du peintre.

Après la réalisation de cette œuvre, le peintre peut modifier sa perspective et commencer à travailler différemment, peut-être de façon plus profonde, ou plus diversifiée. Le portrait de M. Menshiki n’est pas automatiquement destiné à être de ceux-là, mais pourrait le devenir. L’œuvre qui sera réalisée, peu importe sa forme, sera rétribuée à prix d’or par son commanditaire.

Le narrateur va donc commencer à réfléchir à cette commande et à l’avancer en faisant venir son modèle, en mobilisant en même temps ses souvenirs, les grandes thématiques de sa vie, et en même temps en apprenant à connaître ce mystérieux Menshiki.


En discutant avec son modèle, celui-ci lui confie que si le tableau en venait à exprimer la personnalité du peintre tout autant que celle de la personne peinte, cela lui serait agréable.

Au cours du roman, nous sommes amenés à nous demander ce que peut réellement représenter un portrait. Que cherchons-nous à voir dans notre propre portrait ? Qu’est-ce que le peintre cherche à exprimer ? Comment cela rejaillit-il sur la toile ? Et quelles sont vraiment les attentes du modèle ?

Autant de questions qui semblent d’abord ne concerner que l’esthétique, mais débordent très certainement sur bien d’autres domaines. Elles mettent en relief la dynamique entre le dissimulé et le dévoilé, ce que nous sommes en surface et ce que nous sommes en profondeur, ce que voient nos yeux et ce que nous voulons bien percevoir dans la globalité, les filtres que nous pouvons nous imposer à nous-mêmes, etc.


Le roman est parsemé de références à des romans cultes, ou aux contes.

Le tome 1 contient plusieurs allusions à Alice au pays des merveilles ( dont une au chat de Cheshire) et le tome 2 peut à l'occasion se servir des contes pour explorer les effets produits par les parties d'un visage :


"Cet homme a des yeux étranges, dit Marié.
- Étranges, comment ça?
- Des yeux qui ont toujours l'air de renfermer une intention. Comme le loup du Petit Chaperon rouge. Même quand il est couché dans le lit en prenant l'apparence de la grand-mère, en regardant ses yeux, on comprend que c'est un loup". (p.47)

À ce jour, je n’ai pas fini le deuxième volume (j’en suis au début du 2eme tome), mais il était intéressant de relever toutes ces pistes de réflexion à mi-chemin, quand le mystère est encore entier et que l’auteur n’a pas encore apporté toutes les réponses.

Haruki Murakami nous permet encore une fois d’entrer dans son univers, par le biais de ce personnage de peintre qui vit quasiment reclus et se questionne constamment sur l’évolution possible de son œuvre. Une expérience de lecture unique, étrange et vraiment dépaysante.

J.R.R Tolkien, Une biographie, par Humphrey Carpenter (littérature et création de nouveaux langages)





La première fois que j’ai lu Le seigneur des anneaux, j’avais 18 ans. J’ai englouti ce roman colossal en trois semaines, et je n’étais pas sûre d’avoir aimé ma lecture. Et la première fois que j’ai rencontré Bilbo, j’avais seulement huit ans. J’avais dévoré Bilbo le Hobbit et cette fois, non seulement j’avais adoré cette histoire, mais en plus j’avais été durablement traumatisée par Gollum. J’ai donc un attachement tout particulier à cet auteur.


La biographie que lui consacre Humphrey Carpenter est une vraie réussite : bien écrite, très bien documentée, elle se lit comme un roman. Une fois ouverte, impossible de la refermer avant de l'avoir terminée.


Si vous ne connaissez pas encore J.R.R Tolkien, vous avez très certainement entendu parler des adaptations cinématographiques de son œuvre ; on y entend très souvent les mots Mon précieux…

J.R.R Tolkien était un universitaire distingué et un grand philologue, au point qu’il créa lui-même un univers entier, et même un langage. Son fils, Christopher Tolkien, qui avait déjà participé à l’œuvre de son père en réalisant des cartes de la terre du milieu, a aidé à étoffer son œuvre après la mort de celui-ci en publiant tous les volumes annexes autour du roman Le seigneur des anneaux. Ces volumes ont été publiés sous le nom Histoire de la Terre du Milieu et sont composés de douze tomes. Nous n’avons donc pas fini de creuser cet univers pour en découvrir les subtilités.


La question de la création artistique est particulièrement fascinante quand on en vient à parler de cet auteur, puisque son objectif n’était rien de moins que de créer une mythologie propre à attribuer à son pays, à la hauteur de la mythologie grecque, par exemple. Son œuvre est si foisonnante et si riche qu’elle a inspiré par la suite nombre d’autres auteurs prestigieux, comme Robin Hobb (auteure de la saga de l’assassin royal), George R.R Martin (le trône de fer/ Game of thrones), Patrick Rothfuss(auteur de la magnifique saga Le nom du vent), Andrzej Sapkowski ( pour le sorceleur) ou encore J.K Rowling (**)…

Mais comment est-il parvenu à créer des œuvres aussi impressionnantes et complexes que Le seigneur des anneaux ou même Le Silmarillion ?


Eh bien, dès l’enfance, il a été marqué par des évènements assez particuliers. Il a perdu son père, puis quelques années après, sa mère. Il a alors commencé à forger une vision du monde assez pessimiste. Avec sa mère et son jeune frère, il avait cependant eu le temps de vivre quatre belles années à la campagne, qui le marquèrent à tout jamais et imprimèrent en son cœur un amour de la nature et des arbres tout simplement immenses. Les quatre années qu’il vécut à la campagne restèrent selon ses propres confessions les plus longues et les plus enrichissantes de sa vie. Plus tard, il alla se battre à la guerre, ce qui lui donna une vision encore plus complexe et noire du monde qui l’entourait…

Lorsqu’il était lycéen, Tolkien s’est énormément intéressé aux langues. Il a notamment étudié le finnois et a déclaré à ce sujet :


« Ce fut comme de découvrir une cave pleine de bouteilles d’un vin extraordinaire et d’un goût jusqu’alors inconnu. J’en devins passablement ivre » (p.74).

Avouez que cela donne l’eau à la bouche.

Il s’intéressa aussi de très près à des textes nordiques ou anciens, comme le Kalevala ou Beowulf (plus tard, il traduira le second).

Très jeune, il avait déjà commencé à créé le « quenya », la langue elfique qui apparaît plus tard dans ses œuvres. Il créa aussi d’autres langues par la suite, telles que le sindarin (et d’autres…).

Il semble que chez lui, la création de son univers relève des conséquences d’une fascination pour les récits mythiques, les récits héroïques, ainsi qu’un amour des langues vraiment intenses.

Et sous d’autres aspects, pour le résumer en peu de mots : son expérience de la guerre et plus largement, l’expérience de sa vie lui donna une vision du monde bien particulière, qu’il retranscrivit entre autres dans la métaphore de l’Anneau Unique. En effet, l’anneau représente ce que nous pourchassons. Cela peut être évidemment le pouvoir, mais aussi par exemple la gloire, la notoriété, la richesse, l’accumulation de biens matériels, etc. Tout ce qui peut faire perdre le contrôle de lui-même à un individu, le consumer.

À travers son œuvre, Tolkien dénonçait également l’industrialisation du monde (qui ne devait que continuer de croître dans les décennies suivantes, jusqu’à nos jours) qui à titre personnel lui causait bien des contrariétés.

Il prônait le retour à une vie plus simple (d’où son attachement à la tranquille Comté, où vivent les hobbits). Il écrivit ainsi lors de l’un de ses rares déménagements :


« Cette charmante maison (…) est devenue inhabitable : impossible d’y dormir, d’y travailler, secouée, traversée par le bruit et envahie de pots d’échappements. C’est la vie moderne. Mordor parmi nous » (p.235).

Pour autant, J.R.R Tolkien ne recherchait pas particulièrement les voyages ou la découverte de nouveaux horizons. Cela peut surprendre au regard de la richesse de son oeuvre; mais il semble qu'il lui suffisait d'être tranquillement chez lui pour écrire toutes ces merveilleuses pages.

À chaque artiste, ses préférences, certainement.

Dans ces trois cas de figure, l’inspiration peut venir de sources multiples, qu’il s’agisse d’un passé traumatisant, de jours heureux enfouis dans nos souvenirs, d’un visage, d’une vision indicible, d’une addiction, d’une perte, d’une vie rêvée, d’un quotidien tranquille, d’une épreuve de jeunesse ou d’un inconfort ressenti par l’auteur face à son époque. Quoiqu’il en soit, les univers dont je vous ai parlé aujourd’hui sont tous fabuleux et fascinants, je vous conseille vivement d’aller vérifier par vous-même !! Cet humble billet n’avait nullement la prétention d’être exhaustif, n’hésitez pas en apprendre plus de votre côté !

(*) Piles à lire

(**) Je ne vous ai pas fait l’affront de préciser plus haut, mais il s’agit bien sûr de l’auteure de la saga Harry Potter ;)

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