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CITROUILLE PAPOTE

Enchantements et terreurs livresques

Salut à toi, ô visiteur égaré. Viens vite partager avec moi mes errances littéraires!! J'espère que mes découvertes te plairont et te donneront envie de te plonger dans les mêmes textes ! Tu trouveras ici essentiellement des chroniques de romans de genre fantastique, fantasy, et horreur. Bonne visite & bonne lecture !

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Only lovers left alive, le petit bijou du mois d'octobre (et du reste de l'année)

Only lovers left alive est un film poétique, prophétique, hypnotique, hors du temps. Une merveille. Un conte macabre contemporain, puisant aussi bien dans la Bible que dans la culture populaire ( on verra littérature, poésie, musique et films cités au cours de l’histoire).

Les personnages semblent vivre dans une bulle qui leur est propre, au ralenti, détachés de tout (ou presque). Leur rapport à l’art – la musique pour l’un, la littérature pour l’autre- est ce qui leur permet d’atteindre cet état privilégié, planant ; et en même temps, ce qui démontre le plus leur immortalité : une telle nonchalance ne peut laisser le temps d’accomplir un grand nombre de choses dans un laps de temps humain classique…



Adam passe ses journées à jouer ou à écouter de la musique ; son existence entière tourne autour de la musique. Entouré d’instruments coûteux, rares et/ ou anciens, il mène une existence recluse et répétitive, ayant pour seul contact un jeune homme qui le fournit en objets et services divers, contre de grasses rémunérations.

Eve vit littéralement entourée de livres lors de sa première apparition. Chez elle, ils s’accumulent de façon totalement anarchique, formant des piles aussi larges et hautes que des murs entiers. Elle semble prédestinée par son prénom, comme enchaînée au fruit de la connaissance !

Lorsqu’elle prend l’avion, elle remplit sa petite valise d’ouvrages variés. Dans le réfrigérateur du couple, reposent aussi des piles de livres. Il est manifeste que ces ouvrages sont perçus comme une nourriture ; au moins celle de l’esprit.


Adam et Eve sont des vampires, et ce sang dont ils s’abreuvent semble symboliser la double source de leur amour et de leur engloutissement des notes de musiques aussi bien que des mots.

Il apparaît également que les deux créatures errantes assistent avec impuissance à la fin d’un monde : notre monde. Il est dit clairement qu’il n’y a plus d’eau, et plus de sang non plus ; par conséquent, plus de ressources.

Tout cela à cause des êtres humains, ici appelés zombies. Tels des hordes d’animaux sauvages, ils dévastent tout ce qu’ils touchent. Tant est si bien que même ceux qui devaient être immortels sont menacés d’extinction. Le sang est empoisonné, et ils doivent prendre garde à ce qu’ils ingèrent. Mais ce n’est pas tout. Le sol, l’air, les vivres : tout ce qui les entoure est vicié, contaminé, rendu inutilisable, et mort.




Les deux amants sont conscients de l’absence de leur pouvoir sur ce qui les entoure (« What are we gonna do ? »)

L'art est le seul moyen de transcender la fin d'un monde, la mort, le deuil ( Ian, puis Marlowe), la stupidité (avec le comportement immature d'Ava, la jeune soeur d'Eve).


L'art est le seul refuge... Malheureusement, l’homme raffiné et cultivé est aussi démuni et seul que le « zombie ».

Eve tente dans un premier temps de ramener Adam vers l’espoir, vers l’amour, vers une certaine forme de gaieté. Mais le couple est rattrapé par la fragilité des choses : la mort de Ian les laisse déjà mélancoliques et attristés ; puis, quand ils ne parviennent pas à trouver le poète, la panique commence à les gagner.

John Marlowe, le poète, est leur seul espoir : celui qui fournit les mots, celui qui offre l’espoir. Là où il se trouve, demeurent toutes les nourritures : la poésie tout comme le sang.

Les guerres pour l'eau sont la fin de tout . Aucune hydratation n’est possible sans eau, même pour celui qui boit du sang.

Finalement, le couple millénaire est sur le point de s'abreuver à un jeune couple d’amoureux qu’ils surprennent s’embrassant dans les rues de Tanger. Cette alternative les désole, mais ils s’y sentent contraints.

(" What choice do we have?")

C'est tellement barbare, tellement dépassé d’agir ainsi (habituellement, ils se fournissent auprès de médecins ou revendeurs de sang attitrés), mais ce sont donc les plus jeunes qui vont être sacrifiés pour les plus anciens. Ce couple a la grâce , celle de l'instant, de la fragilité, de l'innocence. Il va disparaître, être bu.

Malgré tout cela, malgré la cruauté des évènements, malgré le désespoir qui commence à poindre , il s’agit de rester conscient et attentif lors de la fin du monde que nous connaissons, observer l’histoire en train de se dérouler, ou plutôt en train de s’auto-anéantir.

Be fully present »)


Une constante dans la vie d’Adam et Eve est la mise en danger de leur lieu de vie. Le musicien voit des rockeurs zombies rôder autour de son domicile, tandis que son épouse trouve une famille en train de squatter son appartement lorsqu’elle revient à Tanger après sa courte absence. L’effondrement de notre civilisation, c’est cela aussi : la fin de la possession, la perte du contrôle, le retour à un ordre des choses plus naturel, où la nature des choses fait que l’on partage ce que l’on a.




Le mouvement cyclique du disque au début du film retranscrit l’éternel recommencement de la vie et des mouvements au sein du monde, tournoyant tout comme Eve qui danse lorsqu’elle écoute la musique de son amant.

Sans doute est-ce la meilleure façon de coexister avec le chaos : danser en rythme, tournoyer dans le même mouvement, regarder passer le courant…

La musique du film accompagne d’ailleurs superbement ces thématiques, faisant revenir des variations de la même mélodie lancinante. Elle est composée par Jozef van Wissem & Sqürl, avec qui Jim Jarmusch avait déjà travaillé précédemment en tant que musicien.

On découvre aussi la fabuleuse Yasmine Hamdan, qui interprète sa chanson Hal au cours du film.


A bien y réfléchir, Only lovers left alive préfigurait déjà The Dead don’ t die, mettant l’humanité entière dans un même sac de morts-vivants décérébrés et apathiques.

On retrouve aussi une même ode à l’art et à la poésie dans Paterson, mettant en scène un conducteur de bus qui est poète à ses heures perdues, et vit immergé dans son art.

Cette fois, avec ce récit vampirique, Jim Jarmusch nous présente en tous cas le côté reluisant de la médaille, à travers ses personnages élégants, cultivés t désenchantés. Un enchantement nocturne de toute beauté, à consommer sans modération.

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